
Réarmement accéléré : l’Europe face à l’urgence géopolitique
L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm a dévoilé, lundi 9 mars, son rapport sur l’armement. L’Europe est devenue le premier importateur d’armement au monde. Cela fait suite à la mise en place du Programme pour l’Industrie de Défense Européenne qui vise à accélérer le réarmement des armées de l’UE.
L'armée allemande en exercice en Lituanie, le 6 mai 2025 [Archives Agence France Presse - Petras Malukas]
Alors que l'Europe s’éloigne de Washington et de ses interventions à répétition en dehors du droit international, ce virage vers l’autonomie marque une rupture profonde. L’Union européenne s’est construite autour de la paix et de la coopération avec les États-Unis — qui ont appuyé la création de l’UE —, son élargissement à l'Est, et le développement de relations économiques et militaires. Avec la guerre comme souvenir du passé, tout semblait tendre vers un idéal pacifique.
Le 24 février 2022, tout bascule. L’Ukraine est envahie à grande échelle par la Russie. La sécurité des européens et rattraper le retard accumulé devient un impératif. Le réarmement et les investissements massifs dans les armées sont devenus une obligation stratégique. Pour Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne : « être prêt pour 2030 signifie se réarmer et développer les capacités nécessaires à une dissuasion crédible. », a-t-elle affirmé en mars 2025.
Vers une autonomie stratégique européenne
Le Programme pour l’Industrie de Défense Européenne (EDIP) adopté en octobre et le plan ReArm Europe adopté en mars 2025 ont pour but de rattraper le retard de l’Europe vis-à-vis des grandes puissances. La Russie, les États-Unis et la Chine devancent les 27 en termes d’armement et de production industrielle de défense. « L'heure est au réarmement et l'Europe est prête à renforcer massivement ses dépenses en matière de défense », déclarait Von der Leyen.
En effet, depuis 2021 les dépenses militaires des 27 ont augmenté de 62,8% selon le conseil européen. Ces plans visent également à réduire la dépendance de l’UE envers les États-Unis en termes d’armement, de technologie et de stratégie. Cela pose la question de la capacité de l'Europe à agir de manière autonome en cas de crise militaire (agression, déstabilisation ou guerre). Les débats politiques aux Etats-Unis et les incertitudes sur l’engagement de Washington en Europe alimentent ces inquiétudes. Les investissements militaires européens ont atteint 106 milliards d’euros en 2024 et pourraient avoir atteint près de 130 milliards d’euros en 2025.
Sans remettre en cause l’alliance de l’OTAN, les responsables européens estiment que dans un futur proche le soutien américain dicté par le gouvernement de Trump pourrait devenir limité ou conditionné. La question de l'annexion du Groenland par les Américains crée des divergences de plus en plus marquées entre les États-Unis et l'Europe. D'où la nécessité pour la Commission européenne de développer l’industrie de défense et l’autonomie entre les 27.
L'heure est au réarmement et l'Europe est prête à renforcer massivement ses dépenses en matière de défense
La menace Russe en ligne de mire
Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou est considérée comme la principale menace pour la sécurité européenne. Lors du sommet de Washington 2024 sur la sécurité de l'alliance militaire, l’OTAN prévient que la Russie est une menace dans tous les domaines et qu’elle subsistera sur le long terme. Plusieurs États membres de l’UE dénoncent également des stratégies de « guerre hybride » déployées par la Russie. Les Pays Baltes, la Pologne, la Suède et la Finlande font face à des sabotages, des cyberattaques et des campagnes de désinformations. Selon EUvsDisinfo, une base de données qui lutte contre la désinformation en Europe, plus de 19 500 cas de désinformation pro-Kremlin ont été recensés depuis 2015. Ces ingérences et désinformations contribuent à un climat de tensions en Europe de l’Est.
Sur le plan militaire l'écart avec la Russie est important. Après des décennies de coupes budgétaires, certains pays tels que les Pays Bas, la République Tchèque et la Finlande n’ont plus de stocks de munitions suffisant pour faire face à un conflit ou disposent d’armées de tailles trop réduites. Comme les munitions sont stratégiques dans la guerre, l’UE vise la production de 1 million d'obus par an d’ici 2030. Le Kremlin, au contraire, produit déjà 4 millions d’obus par an et conserve la plus grande armée du continent avec environ 2,4 millions de soldats et réservistes. Ces chiffres alimentent les préoccupations des institutions européennes : comment lutter efficacement en étant moins nombreux et moins préparés. La seule solution étant le réarmement pour faire face crédiblement à la puissance régionale.