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Produits sexuels : dérives ou plaisirs ?​

Aujourd’hui pour un besoin solitaire ou partagé, l’utilisation d’objets et cosmétiques sexuels se décomplexe. Derrière les love-stores inclusifs et la recherche de satisfaction, les produits sexuels interrogent le rapport à la sexualité.  


Vu sur site Boutic-Nancy.fr love shop Audace Nancy

En plein centre-ville de Nancy, coincé entre plusieurs boutiques, l’Audace se démarque. Garantir un espace bienveillant et sans tabou a été le fer de lance pour le deuxième love-store Audace de Melissa Bachelin et de son compagnon Dimitri Cordier. Derrière les vitrines, des cosmétiques sensuels, huiles de massage ou sex-toys sobres et élégants habillent le magasin. Dédiée au bien-être du couple, l’enseigne accompagne les clients avec une approche décomplexée et inclusive, en opposition totale avec l’univers des « sex-shops ». 

L’Audace prône un accès au bien-être intime sans produit réaliste ou fausse promesse aphrodisiaque. « On voulait casser les codes sur les sex-shops où les gens ne se sentent pas à l’aise » confie le couple passionné. Le love-store met en avant un accueil chaleureux, à l’écoute des consommateurs, apportant un regard bienveillant sur ce thème parfois tabou. Une approche pour pallier une accessibilité restreinte par le prix ou la quantité. « On n'a même pas idée du nombre de produits qui existent. Se faire conseiller, c’est mieux », explique Juliette*, étudiante cliente de sex-shops. Apporter un soutien, notamment aux femmes, devient récurrent derrière ces enseignes, loin d’une idée d’influence. 

« Pas influencer mais ouvrir l’esprit »

Sujet délicat autant par son tabou que sa complexité, la sexualité est un point éminent qui nécessite une découverte et une compréhension du corps et de la relation. Cette recherche peut s’accompagner d’un produit permettant l’exploration du corps et la déculpabilisation du plaisir. Pour certaines femmes, les objets leur permettent de découvrir l’orgasme qu’elles ne ressentaient pas dans une relation.

« Le bon mot n’est pas influencer mais ouvrir l’esprit »,  Maïlis, 24 ans. L’ignorance du désir féminin reflète un problème chez une majorité d’hommes, coincés dans des stéréotypes véhiculés notamment par la pornographie, comme par exemple la pénétration intensive et son rôle final dans un rapport sexuel. Pour beaucoup, l’utilisation de ces outils crée un dialogue dans le couple, permettant de comprendre les réels besoins de l’un et de l’autre.

Selon une étude de Flair, 46 % des personnes en relation utilisent des sex-toys à deux, contre 34 % qui les utilisent seules. Bien que la statistique n’explique pas la nature de cette utilisation, les objets utilisés comme outils s’immiscent davantage dans les couples. Les huiles de massage ou encore les lubrifiants sont grandement appréciés, ces derniers pouvant aider les femmes lorsque la lubrification naturelle de l’organe féminin est altérée par contraintes, à l’image de la ménopause. Forts de nombreux avantages, ces produits peuvent cacher un problème sous-jacent. Pour Cassandra* : « Le lubrifiant m’a permis de contrer une contrainte corporelle, mais le problème, c’est que mon corps n’avait pas nécessairement envie ».

Le consentement de soi

La déconnexion du corps et des sensations est l’un des aspects contraignants des produits sexuels. Si le consentement constitue le point central de toute relation, il est, envers soi-même, parfois oublié. La participation d’objet pour le plaisir n’ayant plus pour but de satisfaire un besoin commun mais de combler les attentes qu’impose le partenaire. Cette absence de consentement peut créer une honte à leurs achats, la motivation n'étant pas une découverte de soi-même, mais une recherche de performance pour l’autre. Séverine Juncker, sexothérapeute, met en avant « une déconnexion du corps et de ses sensations, une confusion entre l’excitation mécanique et réelle ». Une dépendance peut alors se cacher, associant la sexualité aux produits de performance, comme tenir une érection plus longtemps ou forcer la lubrification.

 Le rapport au corps, c’est la base de l’éducation

 Séverine Juncker

D’un autre côté, les produits souffrent d’une stigmatisation, portée par l’explosion d’images sexuelles fortement déformées de la réalité. Surtout chez les hommes, « il y a une vision perverse des sex-toys, comme si c’était anormal d’en utiliser », déclare Juliette*. Selon la sexothérapeute, cette vision reflète un manque d’enseignement : « Le rapport au corps, c’est la base de l’éducation », mettant en garde sur « la capacité à ressentir et utiliser les sex-toys seulement lorsqu’on veut aller plus loin ». 

*Prénoms modifié​​

Julien FAUVET

3 mars 2026