
À la bibliothèque Stanislas de Nancy, dès 9h du matin, les bancs se remplissent. Le 12 décembre 2025, par L.S
Pendant les examens, la santé mentale des étudiants en chute libre
Bien que la santé mentale ait été la « Grande cause nationale » de l’année 2025 décidée par le Gouvernement, peu de mesures semblent avoir atteint les universités. À Nancy, étudiants et enseignants démontrent la profondeur du mal-être.
En ce début de mois de décembre, difficile de se frayer un chemin dans la bibliothèque universitaire du campus Lettres de Nancy. Du rez-de-chaussée au troisième étage, aucune chaise n’est libre : les étudiants, penchés sur leurs fiches, occupent chaque recoin. C’est le rendez-vous semestriel inévitable, la révision des examens. Parmi eux, Gwenaëlle, étudiante en licence Information et Communication, surligne méthodiquement ses notes armée de ses stabilos fétiches. Derrière sa voix douce et son regard assuré, se cache une nervosité grandissante à l’approche des épreuves de mi-parcours : « J’ai énormément d’anxiété et des plaques d’eczéma partout. Mentalement, les partiels me déstabilisent », confie-t-elle.
Ce fardeau qu’elle traîne à chaque fin de semestre n’épargne pas sa santé physique : « Je dors moins, je mange moins. L’année dernière, le médecin m’avait mise sous cachets pour que je trouve le sommeil. Cette année, ce n’est plus le cas, mais je dois quand même prendre des vitamines pour mes baisses de tension. »
Un système à bout de souffle
Loin d’être un cas isolé, une étude de l’IPSOS publiée en octobre 2025 souligne que 57 % des étudiants éprouvent des difficultés à tenir le rythme des cours et des attendus (examens, stages…). Dans le corps enseignant nancéien, ce chiffre ne surprend pas : « Je pensais même que c’était plus avec ce que j’observe chez mes étudiants », s’étonne Samuel Nowakowski, maître de conférences en Information et Communication à l’Université de Lorraine.
Je pensais même que c’était plus avec ce que j’observe chez mes étudiants
Depuis qu’il est dans le système universitaire, le soixantenaire défend un nouveau système d’évaluation basé sur un contrôle continu, sans période d’examen, en vain. Il explique : « Le système actuel n’est pas viable pour la santé mentale des étudiants, il n’est pas viable tout court d’ailleurs. Mais c’est compliqué de changer un fonctionnement en place depuis des décennies. »
L’idée d’une révolution du système universitaire actuel est pourtant loin de faire consensus. Philippe Claudon, spécialiste en psychopathologie et maître de conférences à l’Université de Lorraine, défend une organisation de contrôle des connaissances qui, selon lui, « fonctionne » : « Le système d’examen est identique à celui de quand j’étais étudiant. J’étais stressé, comme tout le monde, mais c’est normal », rassure-t-il.
Repérer les signaux d’alerte
Bien que le stress lié aux examens soit incontestable, le psychologue insiste sur l’idée de ne pas le confondre avec des problèmes psychopathologiques profonds : « Si quelqu’un ressent un réel problème dans la gestion de ses émotions à l’approche des examens, il peut y avoir une pathologie sous-jacente (…) Si c’est le cas, l’étudiant pourra bénéficier d’un aménagement comme un tiers-temps ou autres. »
Pour le détecter, il conseille d’abord d’en parler à son entourage. Si celui-ci constate une dégradation psychologique marquée, alors consulter un professionnel peut être nécessaire, « mais pas de manière systématique, en raison de la surcharge de patients que connaissent déjà les psychologues », insiste-t-il.
Des dispositifs d’aides disponibles
Parmi les ressources mises à disposition aux étudiants victimes de souffrances psychologiques, le Service de santé étudiante (SSE) propose des consultations gratuites sur rendez-vous dans la plupart des campus de la cité nancéienne.
Le chemin est encore long avant que tous les étudiants lorrains puissent en bénéficier expliquait Alan Charissou, directeur SSE de l’Université de Lorraine à l’Univ en Page il y a quelques semaines. Lancé en 2023, le dispositif Santé Psy Étudiant disponible dans toute la France complète alors ce service et offre jusqu’à douze séances remboursées par an. Mais encore faudrait-il que les étudiants aient l’énergie – et le temps – de demander de l’aide.
En cas de détresse psychologique des lignes d’urgences existent. Les Crous proposent un service d’écoute 24h/24, 7jour/7 au 0800 73 08 15 Si vous avez des idées suicidaires, ne restez pas seul.e. Parlez-en à vos proches et contactez votre médecin traitant, ou le 3114 (numéro national gratuit 24h /24, 7 jours /7, écoute professionnelle et confidentielle) ou le 15(Samu).