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Maxime Granier : pour l'amour du ciel


Atteint de paralysie cérébrale, Maxime Granier, 30 ans, est six fois champion de France de parachutisme Handifly. Aujourd'hui président de l’association Handi’Skydive, il se bat pour rendre la pratique sportive accessible aux personnes en situation de handicap  


Maxime Granier et son moniteur lors d’ une compétition de Handifly [Photo fournie par Florence Granier]

Les mouvements ne suivent pas, les mots non plus. Seuls son regard et son sourire traduisent l’attention portée par le jeune Maxime. Ses yeux se plissent, il se bat pour sortir du fond de sa trachée, un son audible. La rage d’être compris. De l’autre bout du fil, Florence Granier, la maman, verbalise ce que son garçon exprime de sa voix aphonique : « calme toi Maxime, je ne comprends pas », répète-t-elle.

Si les mots manquent, le décor parle pour lui. Au centre de la pièce à vivre, une étagère flottante surmonte la dizaine de trophées et médailles de Handifly, le parachutisme adapté aux personnes porteuses de handicap. De l’autre côté, des cadres photo du trentenaire dans les airs surplombent les murs. Maxime en sème dans les quatre coins de son appartement nancéien.

Désir d’autonomie oblige, depuis la fin de ses études de STAPS à Nancy, il y vit seul. Enfin presque. Sa résidence fait face à un immeuble rempli d’auxiliaires de vie, disponibles 14 heures sur 24 en cas d’urgence. Elles l’aident aux tâches que sa paralysie l’empêche de réaliser.

Faire entendre un corps silencieux 

Dès sa naissance, la vie lui donne du fil à retordre. C’est un miraculé, un survivant. Alors qu’il vient au monde mort-né, la réanimation lui sauve la vie. Mais les séquelles sont irréversibles : il est atteint d’une paralysie cérébrale. Ses quatre membres sont condamnés à dépendre d’un fauteuil électrique. Il contrôle mal ses mouvements, et subit de fortes douleurs soudaines incontrôlables. À cela s'ajoutent des problèmes de déglutition. Le plus difficile, ce sont les problèmes d’énonciation : « La parole, c’est mon premier handicap. Je suis dans un fauteuil, j’ai des douleurs, ok c’est pénible, mais le plus dur c’est qu’on ne m’écoute pas. Et comment leur faire comprendre ? »

Alors, la plupart de ses journées, ses yeux sont rivés sur son écran d’ordinateur, plus simple de communiquer en écrivant. Sa main aux trajectoires incertaines dirige le curseur : « Regarde, j’ai encore le dossier ouvert », glisse-t-il. À défaut d’avoir un métier, son poste de président de l’association Handi’skydive, fait office de job à temps plein. 

Depuis sa fondation en 2018 pour un projet d’étude, l’association a fait s’envoler près de 130 personnes atteintes de handicap : « Handi’Skydive a une volonté de développer la pratique du parachutisme pour toutes sortes de handicaps moteurs. C’est une discipline inclusive, on se sent comme un parachutiste parmi les autres ». L’idée est de partager le sentiment que lui procure le grand saut : « La porte de l’avion s’ouvre, on s’élance et là c’est la liberté. On flotte, on découvre une sensation de surpassement de soi ». Libre comme l'air, il contrôle ses contractions, réalise des figures, qui lui valent d’être six fois champion de France de Handifly. 

Lui a choisi le parachute, mais pratique aussi le VTT, le ski, l’escalade ou encore la danse. Dans cette discipline où les corps s’oublient et libèrent leur créativité, Maxime a dû faire sa place : « J’arrivais dans un cours où trente étudiants dansaient, mettaient leurs corps en mouvement. Faire danser un fauteuil moche qui est ma prison, je n’y ai pas vu l’intérêt. On me regardait un peu craintivement. Et là je me suis dit « vas-y, ose ». J’ai demandé à me mettre par terre, pour être un étudiant comme les autres certes, mais aussi pour laisser ce corps emprisonné s ’exprimer. » Preuve que malgré des pratiques parfois inadaptées à certains handicaps, quelques minutes d’attention peuvent suffire à créer l’installation de fortune qui rendra à Maxime un peu de sa liberté.

La porte de l’avion s’ouvre, on s’élance et là c’est la liberté. On flotte, on découvre une sensation de surpassement de soi ​

 Maxime Granier, 6 fois champion de France de Handifly

Sous les nuages, trouver sa place

De sa rage de « faire comprendre », il s’en sert pour faire avancer les recherches et la connaissance de la paralysie cérébrale. En septembre, il est devenu l’un des visages du STEPember, un événement caritatif organisé par la Fondation Paralysie Cérébrale. Pour visibiliser la cause, il doit surmonter le défi d’ atterrir en parachute sans assistance de son moniteur. Une façon de montrer une fois de plus que « ce n’est pas parce que je n’ ai pas la parole, que je n’ai pas toute ma tête ». 

Dans le monde du travail, ses efforts n’y font rien. Malgré un diplôme en STAPS, à 30 ans, il n’a jamais touché de salaire : « Il me semble que j’ai plutôt un bon CV, le problème des employeurs c’est que dès qu’ on parle de handicap, ils prennent peur. Dès qu’on n’a pas une parole audible, c’est encore pire. D’accord j’ai un handicap, je n’ai pas la parole, mais derrière ? Ils ne soupçonnent même pas que j’ai des qualités professionnelles. » Chaque mois, il continue de déposer des CV aux quatre coins de la cité ducale, en vain.

Alors en rêvant un peu, il s’imagine vivre son French dream : une famille, une maison, et par-dessus tout, un métier. En allant plus loin, il se projette avec la parole et le permis de conduire, tout en sachant que « c’est utopique ».

Pour l’heure, Maxime continue de parachuter son message d’inclusion dans les oreilles du plus grand nombre, en espérant encourager les personnes en situation de handicap à faire leur propre grand saut.

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Lisa SEILER

19 février 2026