“L’UNEF, c’est ma famille” : Portrait de Gautier Dardenne, secrétaire général de l’UNEF Lorraine
Gautier Dardenne n’est pas un jeune adulte comme les autres. Secrétaire général de l’UNEF Lorraine, il use la plupart de son temps à militer, délaissant les bancs de la fac.

Gautier Dardenne
Gautier, lunette de soleil sous un jour de neige nancéien, est à première vue un vingtenaire confiant et actif. Il sort tout juste d’un rendez-vous avec le maire de Nancy et le député de Vandoeuvre, banal pour lui. Arborant son badge de l’UNEF Lorraine pour l'occasion, il est seulement de passage au campus lettres de Nancy. Entre défense des droits des étudiants et gestion de sa propre vie, son emploi l’attend « Faire une interview et repartir travailler à Burger King après, c’est ma vie. »
Le déclic pour s’engager, il n’en a pas eu besoin. Issu d’une famille monoparentale précaire, le Toulois a été élevé par sa mère, coiffeuse, qui s’est toujours démenée pour subvenir à leurs besoins : « J’ai toujours pu manger et pour ça je la remercie. » Au collège, le jeune homme subit du harcèlement en lien avec son orientation sexuelle : « On me tabasse à chaque sortie de récré. J’étais isolé. » Atteint de TDAH (Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), le cursus scolaire classique ne lui a pas facilité la tâche. Gautier se décrit comme un élève « perturbateur » et hyperactif : « Je gesticulais pas mal mais je ne mettais pas le désordre. » dit-il. Un jour de terminale ordinaire en cours d’histoire, Gautier se perd dans la vague d’actualités. Il tombe sur un sujet à propos du navire de secours en mer l’Aquarius, cherchant à accoster à Marseille pour permettre à la France d’accueillir les migrants à bord. Des commentaires xénophobes sont publiés par centaines, le choc. Pour le lycéen, c’est un premier fait marquant, qui va, en plus de son histoire personnelle, le pousser à s'engager dans le social.
Dès son arrivée à Nancy en 2019 pour étudier les langues, il fait ses premiers pas dans le militantisme. D’abord au sein du CNJ (Conseil Nancéien de la Jeunesse), puis avec les Francas, où il rencontre des enfants de familles précaires pour contribuer à leur émancipation par l’éducation. S’engager au sein d’une organisation est pour lui essentiel : « Pour changer le système, il faut être dans le système. » Un soir, Gautier est invité à une réunion d’information sur l’un des principaux syndicat étudiant en France : l’UNEF (union nationale des étudiants en France). Il adhère immédiatement. Petit à petit, il devient adepte des questions liées aux étudiants, et en 2023, il est nommé secrétaire général de l’UNEF Lorraine. Ses nombreux engagements prennent du temps, Gautier l'assume : « Je n’ai jamais trop été sur les bancs de la fac. J’ai besoin d’aider les gens, peut-être plus que moi-même. » Le jeune homme tend à préférer rencontrer des jeunes dans le besoin, et les défendre devant les représentants de l’Université de Lorraine et le CROUS, notamment en tant qu’élu au conseil de la vie universitaire.
« Mes années d’études, je les ai passées à militer, mais aussi à travailler. »
Repas CROUS à 1 euro pour tous les étudiants, lutte contre l’élitisme à l’université… Nombreuses sont les revendications du militant. Mais sa principale zone de lutte est l’Université de Lorraine. Des enjeux sont propres aux étudiants lorrains, dont la suppression de la compensation, et du droit au redoublement dans certaines filières. Cumulant études (stoppées depuis janvier 2025), petit boulot, et engagements sociaux, le secrétaire de l'UNEF se sent directement concerné : « Si je suis en master de Science Politique, c’est grâce au redoublement. J’ai besoin de plus de temps que les autres. » La voix tremblante, il évoque son année de travail à un taux illégal pour subvenir à ses besoins, et ceux de sa mère, au chômage pour licenciement abusif : « Tu commences à 7 heures du matin, tu termines à 2 heures dans la flotte. Parfois, tu travailles sans pouvoir manger. C’est compliqué. »
Paul OBRIST, Lisa SEILER