La Serbie : un pays où les étudiants se lèvent


La Serbie fait face depuis plus de quatre mois à de nombreuses manifestations portées par la jeunesse serbe qui luttent contre la corruption et la négligence.

La Serbie est aujourd’hui baignée dans une crise politique. Le pays n’avait plus assisté à de telles manifestations depuis les années 1990. À cette période, l'État serbe venait de se créer suite à la dislocation de la Yougoslavie. Le pays affrontait de nombreux désaccords sociaux, politiques et ethniques.  

Les protestations actuelles ont poussé Milos Vucevic, premier ministre, à la démission. Plusieurs autres hommes politiques se sont également retirés de leur poste. Le désormais, ex-premier ministre, a annoncé son départ à FranceInfo le 28 Janvier, « afin d’éviter de nouvelles complications et de ne pas augmenter davantage les tensions dans la société ». C’est un moment marquant car c’est sous son mandat que s'est déroulé l’accident à l’origine des manifestations. Cet événement a eu lieu le 1er Novembre 2024. Le auvent de la gare de Novi Sad s'est effondré entraînant la mort de 15 personnes. Le bâtiment devait être rénové par des entreprises chinoise, hongroise et française. 

Cet incident est, pour le peuple serbe, le symbole de toutes les dérives du pouvoir. Il dénonce, à travers les différents rassemblements, la corruption et la négligence présente dans le pays.


La jeunesse étudiante, porteuse de ce mouvement   

Ces mois de manifestations sont les témoins d’une jeunesse étudiante solidaire et déterminée. Cette ténacité se ressent dans les propos de Jelena Vuksanovic, étudiante en philosophie, qui affirme à France 24, grâce à l’AFP « il n’y a pas de retour en arrière, pas de peur, et nous ne lâcherons rien ». 

Samedi 1er Février, ils sont des dizaines de milliers à avoir défilé dans les rues pour bloquer pendant 24 heures les grands axes routiers.

Certains étudiants participent à cette mobilisation afin d’honorer les victimes. C’est le cas de l’un d’entre eux, qui déclare à France 24, grâce à l’AFP, « je marche pour rendre hommage à toutes les victimes de la grande tragédie qui a eu lieu à Novi Sad ». 

D’autres, quant à eux, protestent pour de nombreuses revendications. Ils demandent la publication des documents relatifs à la rénovation de la gare de Novi Sad. Ils réclament également l’arrestation des personnes soupçonnées d’avoir agressé des étudiants et des professeurs. 

Pour beaucoup, ces actions sont « un nouvel espoir » vers une évolution social et politique. 

Un positionnement gouvernemental ambiguë 

Le président de la Serbie, Aleksandar Vucic, certifie à l’Actualité que son gouvernement et lui sont prêts à « proposer des négociations et qu’aujourd’hui [ils proposent] un dialogue ». 

Ils répondent à un grand nombre de revendications. Notamment, l’ouverture de dizaines enquêtes policières contre les personnes soupçonnées d’avoir attaqué des manifestants. 

L'État serbe propose aussi des mesures pour l’enseignement supérieur. Les frais d’inscriptions à l’université diminuent fortement alors que le budget, lui, augmente de 100 millions d'euros. 


Le président serbe pense, lui, que les manifestants et les étudiants travaillent aux services des renseignements étrangers afin de le chasser de son poste. Le gouvernement accuse les étudiants d’avoir été payés pour manifester. 

Malgré les nombreuses annonces du gouvernement et la démission du 1er ministre, la colère du peuple serbe ne diminue pas. Ils lutteront tant que toutes leurs revendications ne seront pas entendues. La population veut donc la publication complète des documents liés à la rénovation de la gare, ainsi que l’arrestation des individus ayant agressé des étudiants. 


Gwenaëlle METZ