« La santé, c’est très précieux, il ne faut pas l’oublier » : Alan Charissou, directeur du Service de Santé Étudiante de l’UL
L’un des trois Services de Santé Étudiante (SSE) de l’Université de Lorraine à Nancy, situé sur le campus Lettres, assure un rôle important en accompagnant les étudiants dans leur santé physique, mentale et sociale, grâce à des consultations et des actions de prévention accessibles toute l’année
Alan Charissou : Directeur du Service de Santé Étudiante de l'UL

En 2024, les Services de Santé Étudiante (SSE) ont enregistré 685 000 consultations pour un total de 1 631 500 étudiants inscrits à l’université (Ministère de l’Enseignement supérieur). Bien qu’implantés dans la plupart des universités françaises, les SSE peinent à se faire connaître par les étudiants. Pour mieux comprendre ses missions, le directeur de l’antenne de l’Université de Lorraine, Alan Charissou, arrivé en poste le 1er septembre, met en lumière le fonctionnement du service.
Le Service de Santé Étudiante, c’est quoi ?
C'est un service de médecine préventive, en contradiction avec le service de soins, qui serait là pour soigner les gens malades. Ici, ce n’est pas notre mission.
On est présent parce qu’on sait que la population des 15-25 ans est une population un peu particulière, parce que c’est un moment charnière de leur vie, qui fait qu’on développe des problèmes de santé spécifiques, par exemple : des addictions, des conduites à risques, début de la vie sexuelle. (…) Des gens qui ne connaissent pas bien le système de soins et ont du mal à consulter et ne sont pas bien soignés, parce qu’ils ne vont pas voir les médecins adaptés. (…) Le SSE est présent pour éviter que les étudiants et étudiantes ne tombent malades et qu’ils adoptent des comportements plus favorables à leur santé. On a trois grandes missions : la première étant la médecine préventive, la promotion de la santé, ensuite c’est d’essayer d’aider les étudiants à avoir accès aux soins, et enfin faire la veille sanitaire sur l’épidémiologie de l’état de santé des étudiants. (…) En plus on travaille sur le côté social, avec des assistantes sociales aidant les étudiants en situation de vulnérabilité sociale.
Pourquoi proposer cela ?
Parce qu’aujourd’hui la situation sociale impacte énormément la santé mentale, la santé menstruelle quand on n’a pas de moyens suffisants pour acheter des protections périodiques, (…) les difficultés alimentaires. On a une prise en charge assez globale, médico-sociale. (…) Dernière chose que nous faisons, c’est qu’on participe au parcours d’accompagnement des étudiants en situation de handicap.
Comment le SSE met-il en œuvre la prévention et la promotion de la santé étudiante ?
La médecine préventive, c’est lorsqu’on va effectuer un bilan de santé pour vérifier si tout va bien. Alors, pas pour tous les étudiants, parce que nous n’avons pas les moyens. On priorise les étudiants qui sont internationaux, parce qu’on sait qu’ils ont des états de santé moins bons que les étudiants de métropole. S’ajoutent les étudiants en santé et en sport parce qu’ils ont des problèmes ou des besoins par rapport à leurs études qui sont spécifiques. (…) La promotion de la santé se fait à des soirées étudiantes, dans les rues, pour discuter avec eux, où on aborde plusieurs thématiques importantes pour la santé étudiante, (santé mentale, toutes sortes d’addictions, santé sexuelle, affective…)
Quels services sont proposés aux étudiants ?
Il y a une dizaine d’infirmières, onze médecins, neuf assistantes sociales (…), cinq psychologues, une gynécologue, une sage-femme, tous répartis sur trois sites. Il y a au vélodrome, au Campus Lettres, IUT Nancy-Brabois. Le but est d’aller là où les étudiants sont. Donc ici vous pouvez prendre des rendez-vous pour des médecines préventives, pour des visites de contrôles de vaccination, des entretiens avec des psychologues, des consultations de santé sexuelle en groupe ou des moyens de contraception (despistages d’IST, parcours IVG).
Comment les étudiants peuvent-ils prendre rendez-vous ?
Ça dépend des offres, il y a une partie qui est accessible via l’outil de rendez-vous en ligne sur le site du SSE qui est propre à l’université de Lorraine. Pour des besoins plus spécifiques, on peut prendre rendez-vous par appel téléphonique parce qu’on est bien équipé niveau secrétariat, on a un bon accueil physique sur les trois sites majeurs. Et on peut retrouver les informations sur le site du SSE pour toute prise de rendez-vous.
Les services proposés par le SSE sont-ils gratuits pour les étudiants ?
Oui, personne ne paye ici. En revanche sur le réseau de médecins hors SSE c’est payant. Après, nous avons les assistantes sociales qui sont là pour éventuellement aider les étudiants qui rencontrent des difficultés financières, à avoir accès aux soins. Elles aident sur l’ouverture de leurs droits à l’assurance maladie, elles réalisent ce travail d’accompagnement. Ce que les étudiants doivent retenir : s’ils ont un problème de santé, il faut qu’ils viennent nous voir. S’ils ont un problème de santé pour un rhume, on n’est pas équipé pour ça, mais pour un suivi, ouvrir ses droits à l’assurance maladie, avoir sa carte Vitale, trouver un diabétologue, etc. on peut s’en occuper pour organiser ces choses. On n’est pas équipé pour le côté urgence, secourisme.
Le Service de Santé Étudiante est-il réservé uniquement aux étudiants de l’Université de Lorraine ? Si oui, comment doivent-ils justifier leur statut ?
Oui, on a un logiciel qui fait qu’on a tous les inscrits à l’université de Lorraine (UL), et ceux hors UL avec lesquels on est conventionnés, ils créent une fiche d’identité dans notre dossier. L’étudiant donne son prénom et nom et on voit s’il existe ou pas dans nos fichiers.
Les délais pour obtenir un rendez-vous sont-ils longs ?
Oui, c'est un peu long puisqu’on ne fait pas de médecine d’urgence ou de secourisme, on est sur des besoins qui sont censés avoir le temps d’être traités. En revanche on connaît une sage-femme ou ses rendez-vous il n’y a pas vraiment de délai.
Selon vous, y a-t-il des problématiques de santé qui sont mises de côté par les étudiants ?
Les problèmes de santé qui sont vraiment problématiques chez les étudiants/es c’est la santé mentale. Depuis le Covid les choses se sont aggravées, la santé des jeunes s’est aggravée. J’ai la volonté de mettre en place un plan de santé à l’échelle de toute la Lorraine parce qu’on a remarqué qu’il y a un réel besoin. Ensuite, il y a tout ce qui est conduite à risques, les addictions, la consommation d’alcool et d’autres psychotropes. La conduite à risques est la première cause de mortalité chez les jeunes. Et encore beaucoup trop de violence basée sur le sexe, l’orientation sexuelle, énormément d’agressions sexuelles.
Nous sommes en plein mois sans tabac : faites-vous de la prévention ?
Oui, il y a des actions sur les addictions et sur le mois sans tabac, on a un jeu qui s’appelle « tire ta clope » où on fait prendre conscience aux étudiants de la quantité de cigarettes qu’ils fument et ce que ça représente, avec des objets, des cigarettes. On a remis en route un testeur de monoxyde de carbone, parce que ce gaz est présent dans les cigarettes et est mortel. C’est un outil qui est efficace pour susciter l’envie d’arrêter de fumer.
Est-ce que vous avez un message à faire passer aux étudiants ?
On est au service des étudiants, il ne faut vraiment pas qu’ils hésitent à venir nous voir, on est à leur disposition, les équipes sont vraiment volontaires et engagées pour travailler sur leur santé. La santé, c’est très précieux, il ne faut pas l’oublier. Venez nous voir !
Louise RODRIGUES
11 décembre 2025