La Géorgie : un pays où la colère du peuple gronde 


La Géorgie est plongée dans des manifestations pro-Union Européenne rassemblant des milliers de personnes afin de protester contre les décisions gouvernementales.     

Manifestation à  Tbilissi le 8 mars 2023 [Photo : DerFuchs]

La Géorgie fait face, depuis le 28 octobre 2024, à un déchaînement de manifestations pour une adhésion à l’Union Européenne. Les affrontements sont de plus en plus violents. Plus de 400 manifestants ont déjà été interpellés. Ces événements sont une réponse de la population géorgienne aux décisions gouvernementales. Le parti du Rêve Géorgien, actuellement au pouvoir, a décidé de repousser son ambition d’entrer dans l’Union Européenne à 2028. Cette résolution arrive au moment où le parlement européen a rejeté les résultats des élections législatives du samedi 26 octobre. Ce scrutin est jugé comme, « ni libre, ni équitable » et rempli « d’irrégularités importantes » de la part du parlement européen. L’opposition, elle, parle « d’élection volée ». La population est en colère comme le témoigne Ani Barkhtouridze dans l’Orient-le Jour : « nous avons voté pour l’Union Européenne, pour la liberté, pour les droits humains. Et que fait notre gouvernement ? L’exact inverse ». 

Une entrée dans l’Union Européenne plus que complexe 

La fureur du peuple géorgien s’explique par une attente d’intégration dans l’UE qui dure depuis plus d’un an. En décembre 2023, la Géorgie obtient le statut de pays candidat à l’Union Européenne. Bruxelles est prêt à accepter la candidature de ce pays sous certaines conditions. Le gouvernement géorgien doit permettre à son pays de lutter contre la désinformation et la corruption. L'État est également chargé de garantir la liberté des médias et l’indépendance des institutions. Le parti du Rêve Géorgien au pouvoir s’engage à respecter ces conditions. 

Cependant, en mai 2024, un projet de loi sur « l’influence étrangère » est adopté par les institutions géorgiennes. Les médias financés à plus de 20% par un pays étrangers doivent s’enregistrer comme « organisation poursuivant les intérêts d’une puissance étrangère » sous peine d’amende. Le parlement européen décide de geler officiellement le processus d’adhésion de la Géorgie pour violation des conditions.


Une réponse du gouvernement plus que floue 

Le parti du Rêve Géorgien se positionne de manière ambiguë vis à vis des évènements actuels. Il se dit prêt à intégrer l’Union Européenne vers les horizons de 2030, mais affirme que les manifestations sont le fruit d’un stratagème étranger. Le gouvernement pense que les oppositions et les manifestations sont une révolte financée par des pays étrangers appartenant à l’Union Européenne. La position de l'État géorgien reste néanmoins très floue vis-à-vis de ces suppositions. Le 1er ministre Irakli Kobakhidzé a expliqué dans Le Monde que le gouvernement géorgien fera « tout le nécessaire pour éradiquer complètement ce libéralo-fascisme ». 


Les manifestations ne sont pas prêtes de s’arrêter. Le nouveau président pro-russe Mikhaïl Kavalachvili, en poste depuis le 14 décembre, est déjà contesté. L'opposition a boycotté le vote parlementaire pour l’élire. L’actuelle cheffe d’état Salomé Zourabichvili refuse de quitter ses fonctions tant qu’une nouvelle élection législative ne sera pas organisée.   

Gwenaëlle Metz