Se rendre au contenu

La génération coloc : à Bruxelles, vivre ensemble devient la norme

À Bruxelles, en 2026, étudiants et jeunes actifs font évoluer leurs manières de se loger face à la hausse des loyers et à la pénurie de kots. Colocations, cohabitations intergénérationnelles et alternatives hybrides se développent. Un phénomène qui dépasse désormais le cadre des études et s'étend jusqu'à la trentaine.



Ruelle proche du centre de Bruxelles [BERKAT Anissa]

Dans la capitale belge, le kot traditionnel ne suffit plus à absorber la demande. Longtemps symbole de la vie étudiante, cette chambre individuelle avec espaces communs est aujourd'hui concurrencée par d'autres formes d'habitat. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la population étudiante bruxelloise a augmenté de près de 22 % en dix ans, passant de 112 000 à 137 000 étudiants selon perspective Brussels, alors que l'offre de logements n'a pas suivi. Il manque encore 70 000 kots en Belgique pour répondre à la demande actuelle et future. Côté prix, un étudiant doit désormais débourser en moyenne entre 600 et 800€ par mois charges comprises, soit 125 € de plus qu'il y a cinq ans. Et malgré une grille de loyers de référence instaurée par la Région bruxelloise, les propriétaires restent libres de fixer leurs prix. La hausse des prix, le manque de logements disponibles et l'évolution des modes de vie poussent ainsi les jeunes à explorer de nouvelles solutions, entre nécessité économique et recherche de lien social.

La colocation, entre contrainte et expérience collective

Partagée par un nombre croissant d'étudiants, la colocation s'impose comme une réponse directe à la pression immobilière. Elle permet non seulement de réduire les coûts, mais aussi de rompre avec une forme d'isolement. Depuis la crise sanitaire, ces logements partagés sont de plus en plus prisés.

Lovisa, étudiante suédoise en Erasmus, vit dans une maison avec neuf colocataires. Avec un loyer de 800 € par mois, elle est dans la norme du marché bruxellois. « Heureusement que je touche environ 1500 € d'aide Erasmus de la Suède, sinon je pense que je n'y arriverais pas. Bruxelles est l'une des villes les plus chères que j'aie connues », confie-t-elle. Néanmoins, elle décrit une expérience qui dépasse largement l'aspect pratique : « C'est super unique comme expérience, on pense plus aux autres et dans une génération où les jeunes s'isolent de plus en plus, on apprend à vivre ensemble et à se rencontrer. »

Au quotidien, la vie commune se joue souvent autour de la table. « Un soir, un colocataire brésilien s'est mis à cuisiner pour tout le monde, ça sentait dans toute la maison, on était tous curieux de voir ce qu'il préparait », raconte Lovisa. Quand les assiettes arrivent, les réactions s'enchaînent, entre surprises, rires et discussions animées sur les saveurs. « On découvre les cultures des autres sans bouger de la maison, juste en mangeant ensemble », explique-t-elle. Elle ajoute : « J'avais une appréhension au départ, mais ce fut finalement ma plus belle découverte : voir des cultures si différentes cohabiter. »

 On découvre les cultures des autres sans bouger de la maison, juste en mangeant ensemble

 Lovisa, étudiante suédoise en Erasmus

Des alternatives qui redéfinissent le logement étudiant

Au-delà de la colocation classique, d'autres modèles émergent, comme la cohabitation intergénérationnelle, souvent présentée comme la solution la plus accessible financièrement. Le principe : un étudiant vit chez une personne âgée en échange de présence ou de petits services, dans un cadre souvent plus calme et plus abordable.

Inès, étudiante française venue pour un an, a fait ce choix. Elle y voit une expérience humaine forte : « Ça permet de casser cette barrière générationnelle qui existe beaucoup en France ». Une relation qui se construit au fil du quotidien : « Ça permet de créer du lien et d'être à l'écoute de l'autre, c'est super enrichissant. » À 350 € par mois, Inès y trouve un équilibre de vie autant que financier.

Kots à projet (autrement dit, logements à plusieurs), résidences, studios ou encore formes plus singulières comme les tiny houses : le logement étudiant se diversifie. Et surtout, il ne concerne plus uniquement les étudiants. À Bruxelles, de plus en plus de jeunes actifs prolongent ces modes de vie jusqu'à plus de 30 ans, par choix ou par contrainte. L'âge moyen des colocataires atteignait déjà 35 ans en 2016, signe d'une tendance de fond qui ne fait que s'accentuer. 

Entre pression économique et quête de sociabilité, ces nouvelles formes d'habitat dessinent une transformation durable : celle d'une génération qui réinvente sa manière d'habiter la ville.

​​

Anissa BERKAT

5 mai 2026