
Hantavirus : une peur épidémique ou une épidémie de peur ?
Depuis plusieurs semaines, la résurgence d’un virus méconnu s’est installée au cœur de l’actualité à travers la découverte d’un foyer de hantavirus à bord du MV Hondius. Depuis l’épisode pandémique du Covid-19, les Français craignent alors, probablement à tort, le retour d’une mystérieuse maladie mortelle d’origine animale.
Tube de test négatif Hantavirus [ REUTERS/Dado Ruvic]
Au cours du mois d’avril, un foyer épidémique est découvert à bord du navire de croisière MV Hondius en provenance d’Amérique du Sud. À son bord, près de 150 passagers de 23 nationalités différentes, dont cinq Français, entrent en contact avec une souche virale originaire d’Argentine nommée « hantavirus Andes ».
En quelques jours seulement, un couple néerlandais, dont le « patient zéro », et une passagère allemande décèdent rapidement des suites de la maladie. En France, une passagère du navire, testée positive au virus à la suite de son rapatriement en avion, est transportée en réanimation dans un état grave. Au total, 26 cas contacts français sont identifiés à ce jour.
Une nouvelle pandémie ?
Signalé au début du mois de mai à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), cette « nouvelle » maladie zoonotique a semble-t-il ravivé les souvenirs morbides de la tristement célèbre pandémie du Covid-19. Contrairement aux appréhensions générales, ce virus n’a pourtant rien de très nouveau. Appartenant à la famille des hantavirus apparus durant la guerre de Corée (1950-1953), la souche virale découverte à bord du MV Hondius est documentée depuis 1995 lorsqu’elle apparaissait pour la première fois dans la petite ville d’El Bolson en Argentine.
« Comme il s’agit de la souche des Andes, nous savons que la plupart des personnes sont généralement infectées par contact avec des rongeurs, leur salive ou leurs excréments » indique Maria van Kherkhov, directrice de la prévention et de la préparation aux épidémies et pandémies de l’OMS. « Cependant, ce virus-là a été associé à quelques cas de transmissions interhumaines parmi des contacts étroits, lors d’épidémies passées », précise l’épidémiologiste américaine.
À ce jour, bien qu’il puisse exister un potentiel risque d’épidémie dû aux caractéristiques de contagion interhumaine de la souche des Andes, une propagation à grande échelle du « hantavirus Andes » demeure peu probable. « Le mode de transmission ne correspond pas à une transmission respiratoire classique et repose principalement sur des contacts étroits et prolongés. La transmission interhumaine reste rare », explique Anne Goffard, chercheuse en virologie au Centre Infection et Immunité de Lille (CIIL) à l’Institut Pasteur de Lille.
Le virus nous stresse et nous pousse à toujours faire de mauvais scénarios. L’incertitude nous inquiète profondément.
Une épidémie de peur
Alors que les épidémiologistes semblent optimistes quant à la faible probabilité d’une propagation épidémique du virus, certaines personnes observent tout de même une crainte importante concernant la maladie. Au cœur de l’actualité ces derniers jours, ce nouveau virus préoccuperait près d’un Français sur deux selon un sondage de l’Institut CSA.
Un chiffre que l’on peut aisément assimiler à la crainte générale liée à l’émergence du Covid-19 à la fin de l’année 2019. Pour autant, on ne peut pas dire que la peur d’une nouvelle épidémie soit justifiée au vu des récentes prises de positions optimistes du gouvernement et des experts sur le sujet.
En réalité, cette peur proviendrait essentiellement d’un hypothétique retour du confinement selon certains professionnels de santé. « Le confinement a été vécu comme une privation de liberté. Les gens ont peur que cette privation de liberté se reproduise, ils savent maintenant que c’est une situation qui est possible. » explique la psychanalyste Valérie Sengler à Santé Magazine.
Aujourd’hui, l’émergence de cet hantavirus inquiète aussi quant aux incertitudes multiples liées à la situation sanitaire. « Le virus nous stresse et nous pousse à toujours faire de mauvais scénarios. L’incertitude nous inquiète profondément. » ajoute-t-elle, nous laissant penser qu’il n’existe probablement pas de plus grande peur pour l’Homme que l’incertitude face aux dangers.