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Face aux douleurs menstruelles, les institutions s’adaptent 


Le mois de mars est placé sous le signe de la sensibilisation à l’endométriose. À Nancy, certains établissements misent sur le congé menstruel pour amorcer une reconnaissance encore timide de cette maladie.


Service de santé étudiante situé sur le Campus Lettres de Nancy 

En France, en 2024, une femme sur dix est touchée par l’endométriose, soit près de 2 millions de patientes selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Cette maladie apparaît lorsque des fragments de l’endomètre, muqueuse qui tapisse l’utérus, migrent ailleurs dans le corps. 

Dans son cabinet médical décoré de photographies médicales en noir et blanc, Anne-Sophie Claudon, sage-femme à l’université de Lorraine, constate au quotidien les conséquences des maladies féminines difficiles à diagnostiquer. « Les diagnostics cliniques sont très compliqués à poser », confie–t-elle. Les symptômes changent d’une femme à l’autre, rendant l’identification des troubles incertaine. Le plus complexe, pour elle, reste le doute persistant pendant des années : « les femmes se disent qu’elles n’ont pas forcément besoin d’avoir mal même si c’est douloureux. » 

Émilie, elle, a attendu jusqu’en 2024 pour comprendre l’origine de ses souffrances. Une échographie et une IRM ont révélé une adénomyose, une forme d’endométriose localisée dans l’utérus. Chaque cycle menstruel est un combat entre rester allongée, douleurs, bouillotte et médicaments. « Tout le monde dit que c’est normal d’avoir mal quand on a ses règles mais finalement non », déclare la jeune maman.  

Quand les établissements s’ajustent aux réalités féminines 

Pour Émilie, chaque mois, c’est la même angoisse : « Est-ce que je vais avoir mal ? Est-ce que cette fois ça va aller ou pas ? » Face à cette réalité, certaines institutions s’adaptent, notamment à travers la mise en place du congé menstruel. Au-delà de la douleur, le dispositif concerne les femmes aux règles hémorragiques et aux syndromes prémenstruels envahissants. 

Le 1er avril 2024, la Métropole du Grand Nancy a décidé d’expérimenter ce système dans le cadre de la mission d’égalité professionnelle. Les agentes peuvent bénéficier de deux jours par mois, dans la limite de treize jours par an. Lors d’un échange entre l’employée, le responsable et l’infirmière, un niveau est défini selon les besoins : aménagement du temps de travail, télétravail ou autorisation spéciale d’absence sur avis médical.  Selon Térésa Lento, référente égalité pour la DRH du groupe mutualisé, l’objectif est « l’accompagnement des collègues qui, quelques jours par mois, peuvent se retrouver vraiment en difficulté physique.»

Du côté de l’université de Lorraine, les congés menstruels ont également été adoptés en septembre 2025. Les étudiants peuvent justifier leurs absences liées aux règles, sans certificat médical, dans la limite de 12 jours par an. Depuis sa mise en place jusqu’à la mi-février 2026, 3 500 élèves ont utilisé ce droit, soit 13% des étudiantes concernées. Pour Pierre Degott, vice-président du conseil de la vie universitaire, « les règles ne doivent pas être un empêchement à la réussite des étudiantes. »

 Les diagnostics cliniques sont très compliqués à poser 

 Anne-Sophie Claudon, sage-femme à l’université de Lorraine

La question sensible de l’absence 

Au sein de la Métropole du Grand Nancy, l’introduction du protocole a d’abord suscité quelques inquiétudes, notamment concernant un éventuel impact sur l’absentéisme. Rapidement, ces craintes se sont estompées grâce aux alternatives proposées par l’organisme.  « Le protocole est accepté pour ça puisqu’il permet de proposer autre chose que l’absence », souligne Catherine Leclerc, infirmière de prévention pour le groupe mutualisé. 

À l’université de Lorraine, des interrogations similaires ont émergé, particulièrement dans les IUT, où l’absentéisme est fortement contrôlé. Les congés menstruels ont également soulevé une zone d’ambiguïté concernant les étudiantes en alternance et les doctorantes chargées d’enseignement. Ces dernières ne peuvent pas en bénéficier, car « elles sont soumises au code du travail et doivent fournir un certificat médical justifiant l’absence », précise le vice-président de la vie universitaire, Pierre Degott. 

Entre reconnaissance et crainte, les congés menstruels ouvrent un débat plus large sur la place de la santé féminine dans la société. Cette question encore récente semble s’imposer doucement mais sûrement, dans les politiques d’égalité nationale.

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Gwenaëlle METZ

19 mars 2026