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« Je fais du journalisme pour raconter des histoires » : l’itinéraire d’Édouard Gning  


De Dakar à Paris, Édouard Gning, derrière sa voix solaire et posée, se cache un parcours façonné par l’imprévu et la passion. Des radios locales sénégalaises jusqu’au aux formats phares de Brut, il s’est imposé grâce à sa voix singulière et profondément humaine. 



Photographie : Edouard Gning, journaliste au service de Brut (de Berkat Anissa) ​







18h, l’heure de ranger ses affaires approche. Alors que l'open-space du célèbre média Brut commence à se vider, les journalistes, eux, ne sont pas prêts de regagner leur chez eux. Parmi eux, un visage familier s'obstine sur la finalisation d'un montage : celui d'Edouard Gning, devenu un habitué de nos fils d’actualité. 

Suivi par plus de 19 000 abonnées sur Instagram, Édouard a réussi à s’imposer comme une figure incontournable de Brut, média digital numéro 1 en France actuellement sur internet. Une fois son montage bouclé, il laisse entrevoir un quotidien que peu soupçonnent. *


Une révélation derrière le micro


La banquette à l’écart, petit coin aménagé pour discuter au calme, offre un refuge loin du tumulte des claviers et des conversations qui s’éteignaient peu à peu. Actuellement journaliste pour Brut Afrique et Brut France, Edouard enchaîne les projets, les rencontres et les montages. S’il doit supporter quotidiennement la pression d’une routine intense et imprévisible, il ne changerait pour rien au monde son quotidien. « Il faudrait un livre pour décrire ce métier ! », lance-t-il d’un sourire amusé. Puis, plus sérieusement : « Mais si je devais en choisir un, ce serait Passion. » Il ajoute : « Tu ne sens pas que tu travailles, tu vis tous les jours des expériences ». Pour lui, le journalisme n’est pas seulement un travail, c’est une manière de vivre.


Des débuts au Sénégal : la radio comme école de vie


Tout commence en 2015 à Mbour, au Sénégal. À ce moment-là, Édouard est inscrit en faculté d’anglais. Très vite, il réalise que les bancs de l’université ne lui correspondent pas. « Ce n’était pas mon délire », dit-il en souriant. En parallèle, il passe de plus en plus de temps dans une radio communautaire locale ; Mbour FM. Au milieu des micros, des câbles emmêlés et des jingles qui résonnent entre les murs, il découvre le pouvoir de la voix.

Après deux ans à la faculté de langue, il décide d'arrêter les études pour se consacrer entièrement à sa passion. L’année suivante, il enchaîne émissions culturelles et débats quotidiens. « J’adorais le contact avec les auditeurs, le fait de créer du lien ». Attentive, mesurée mais toujours chaleureuse : sa manière de s’exprimer reflète le lien humain qu’il a appris à tisser au fil des années. A côté de la radio, il pige pour quelques médias locaux. « J’ai fait du journalisme pour raconter des histoires », ce choix n’a jamais été une hésitation, mais une évidence.


De Dakar à Brut : se former et trouver sa voie

Pour se professionnaliser, Édouard intègre une école à Dakar puis poursuit ses études à l’ISCPA de Paris grâce à un partenariat. Animé par la détermination, il y étudie la communication avant de se spécialiser en journalisme. C’est là qu’il effectue son tout premier stage à Africa Radio. Pendant deux ans, il y travaille et aborde notamment des débats quotidiens. Son intérêt pour les sujets politiques et de société se confirme.

En janvier 2022, Édouard rejoint Brut Afrique. Il touche à tout : choix des sujets, tournage, montage. « Tous les jours, il faut une vidéo à sortir », dit-il, sans se départir de son sourire. Loin de voir cela comme une contrainte, il vit ce rythme comme une chance : « Tu ne sens pas que tu travailles, tu vis tous les jours des expériences. Et surtout, tu as la possibilité de matérialiser tes valeurs. »


En 2024, il rejoint Brut France, sollicité pour créer un concept original sur YouTube : La vie extraordinaire, une série d’interviews mettant en lumière des parcours insolites et inspirants. Parmi elles, celle de Jaël Leneuve l’a particulièrement marqué. Victime d’une amnésie totale à la suite d’une opération du cerveau, cette femme de 40 ans a dû tout réapprendre,  jusqu’à reconnaître ses proches. « C’était un beau moment d’échange, un parcours qui m’a particulièrement touché », raconte Édouard, les yeux remplis d’émotion.

Paris de corps, Afrique de cœur

Dans ce métier, ce n’est pas les billets d'avion à la dernière minute qui manquent. Pour Brut Afrique, il a dû réaliser un bon nombre de reportages sur des îles ou dans des pays d’Afrique, un plaisir pour lui qui garde un lien avec ses racines.  

Madagascar qui l’a tout particulièrement marqué. Ce reportage, tourné il y a deux ans, reste pour lui une expérience inoubliable. « J’ai découvert une autre réalité. On a souvent l’image de Madagascar comme une destination de vacances paradisiaque. Mais ce qui m’a marqué, c’est la pauvreté qui touche les locaux. ». Sa voix se fait plus grave. « Ça m’a beaucoup touché. » Encore une fois, c’est les rencontres qu’il retient : « Des profils hyper atypiques avec qui j’ai énormément apprécié échanger », dit-il en souriant, envieux de ses propres souvenirs. 

Mais le métier a aussi ses aléas. À Rabat, lors d’un tournoi de football, il perd tout son matériel : « Je me suis fait voler mon ordinateur. J’ai tout perdu. De toutes mes interviews, je suis rentré sans rien…» Si les vidéos ne voient jamais le jour, il garde des souvenirs inoubliables de ce séjour au Maroc et de tous ses voyages en Afrique, son continent de cœur.

L’air se fait plus doux dans les locaux de Brut, les derniers collègues ont quitté le bureau. Les bruits de clavier et de pas s’éteignent, laissant place à la voix d’Édouard, fluide et passionnée, qui transporte de Mbour à Paris, de Madagascar à Rabat. Il raconte, détaille, partage : chaque lieu, chaque personne, chaque émotion devient un fil à suivre, captivant, suspendu à ses mots. Et là, dans cet open space presque vide, avec le soleil déclinant sur les bureaux désertés de Brut, il apparaît clairement que pour Édouard Gning, le journalisme n’est pas seulement un métier, mais une manière de se rendre utile.


Anissa BERKAT

23 Octobre 2025